par Maria Cristina Zaccarini Bonelli
Paris, Collège des Bernardins
14 octobre 2026
S'est tenue à Paris, au siège du Collège des Bernardins, situé dans le magnifique Quartier latin de l'Université française, la conférence sur Joseph Ratzinger et son intervention dans ce même lieu des moines français 18 ans auparavant, le 12 septembre 2008. Avec le patronage de la Fondation Vaticane, de l'Académie Catholique de France, de la revue Communio et de KTO, en collaboration avec l'Académie des sciences morales et politiques, il a été possible de retracer, grâce aux interventions des différents intervenants, la pensée du Pape Benoît XVI et son rapport avec les fidèles français. La conférence a débuté par l'introduction du directeur général du Collège des Bernardins, Laurent LANDETE, qui a présenté le programme de la soirée et a adressé ses salutations et ses remerciements à tous les participants.
RATZINGER ET LA FRANCE: Interventions de Dumont, Lombardi et Stim
Le premier intervenant, le Père Philippe Capelle DUMONT, Président de l'Académie catholique de France, a tout d'abord voulu souligner la raison pour laquelle il avait été décidé de parler en ce lieu d'un thème si cher aux fidèles français, déclarant que le choix avait été fait à Rome, à l'occasion d'une réunion de la Fondation Ratzinger. Il a ensuite énuméré dans les grandes lignes quels seraient les thèmes abordés au cours de la soirée, si chers à Ratzinger comme la culture, l'avenir du christianisme, le rapport entre fides et ratio, soulignant enfin comment les paroles du Pape ont encore aujourd'hui un poids influent.
La seconde intervention, celle de Federico LOMBARDI, s'est tenue en visioconférence, n'ayant malheureusement pas pu être présent à la soirée. L'ancien président de la Fondation Ratzinger a commenté dans un premier temps son lien avec la ville de Paris, en vertu des études qu'il y a soutenues dans le passé et de la manière dont celle-ci a influencé sa formation humaine, culturelle, spirituelle et philosophique, et en particulier sa profonde connaissance et son amitié avec divers théologiens français. Il a rappelé comment le Pape, lorsqu'il est venu à Paris, s'était adressé aux Français avec charité, ayant été interpellé pour intervenir sur la situation de son temps, concernant la guerre et la paix, ainsi que la crise morale de l'Europe.
Lombardi cite les paroles de Ratzinger "le cœur des hommes est sage", pour souligner comment le témoignage du Pape sur la valeur de la foi était central afin de vivre la beauté de cette dernière et la gratuité de l'amour, en vertu de la contribution que les hommes peuvent apporter à la survie de notre société, en voyant dans le Christ le visage humain de Dieu.
Bernard STIM, secrétaire perpétuel de l'Académie Française des sciences morales et politiques, a eu ensuite l'occasion, lors de son intervention, d'exprimer son honneur et sa gratitude d'avoir pu compter parmi les divers membres de l'Académie, Joseph Ratzinger lui-même, qui en fit partie à partir de 1977. Le professeur français a rappelé avec enthousiasme comment le jugement de Benoît XVI avait une très forte influence au sein de l'Académie d'un point de vue avant tout spirituel dans sa "croisade contre la crise de la foi", ainsi l'a définie Stim lui-même, et dans "la mission de l'Église, ainsi que dans la relation entre liberté et vérité et entre science et conscience". Benoît XVI est défini par Stim comme l'un des plus grands penseurs, orateurs et philosophes de notre temps, doté de la plus rare éloquence, capable de "convaincre tout le monde plutôt que de condamner". Il a ensuite rappelé la réflexion de Ratzinger sur l'éthique de la liberté, soulignant comment la liberté elle-même, selon Benoît XVI, avait besoin de son propre ordre, en vertu des deux attributs qui la distinguent, à savoir le bien et le droit, piliers sans lesquels l'homme se réduirait à vivre une liberté privée de sens et non pleinement humaine.
QUAERERE DEUM: Arnaud et Armogathe sur le discours de Benoît XVI au Collège des Bernardins du 12 septembre 2008
Jean Baptiste ARNAUD, Président de la Faculté Notre-Dame au Collège des Bernardins, est parti dans son intervention du discours de Joseph Ratzinger de 2008 sur les racines de la religion et en particulier de la théologie occidentale. Le pape, à cette occasion, a en effet focalisé l'attention sur le lieu même où ils se trouvaient, qui était fortement lié à la culture monastique où vécurent de jeunes moines, engagés à s'introduire dans une compréhension plus profonde de leur appel et à mieux vivre leur mission. Leur objectif était: quaerere Deum, chercher Dieu (1). Dans la confusion des temps où rien ne semblait résister, ils voulaient faire la chose essentielle: s'engager à trouver ce qui vaut et demeure toujours, trouver la Vie elle-même. Ils étaient à la recherche de Dieu. Des choses secondaires, ils voulaient passer aux choses essentielles, à ce qui, seul, est vraiment important et fiable. On dit qu'ils étaient orientés de manière "eschatologique": derrière les choses provisoires, ils cherchaient le définitif. La recherche de Dieu exige pour exigence intrinsèque une culture de la parole, l'eschatologie et la grammaire étant intérieurement liées l'une à l'autre. Le désir de Dieu, le désir de Dieu, inclut l'amour des lettres, l'amour pour la parole, le fait de pénétrer dans toutes ses dimensions. Puisque la recherche de Dieu exigeait la culture de la parole, font partie du monastère la bibliothèque qui indique les voies vers la parole. Pour la même raison, en fait également partie l'école, dans laquelle les voies sont ouvertes concrètement.
Benoît appelle le monastère une dominici servitii schola. Le monastère sert à l'eruditio, à la formation et à l'érudition de l'homme – une formation avec pour objectif ultime que l'homme apprenne à servir Dieu. Mais cela comporte justement aussi la formation de la raison, l'érudition, sur la base de laquelle l'homme apprend à percevoir, au milieu des paroles, la Parole.
Dans un second temps, il a également rapporté dans les grandes lignes l'intervention de Ratzinger à Ratisbonne le 12 septembre 2006, sur la purification de la raison, et comment une raison purement positiviste se limite à être enfermée en elle-même, empêchant la conscience de réveiller l'âme humaine. Arnaud cite de Benoît XVI l'importance des Saintes Écritures, et comment la parole donne vie à la communauté. "La parole de Dieu rend intelligents" soutenait Ratzinger et "l'écriture passe par le processus de l'interprétation pour être comprise et méditée par les hommes, étant le logos au milieu de nous, comme fait rationnel" (2). Enfin, le chercheur français rappelle comment le Pape attirait l'attention des fidèles sur la dévalorisation actuelle du travail manuel, fondamental au contraire dans la collaboration de l'homme à l'œuvre de Dieu, selon la culture de l'ora et labora.
Jean-Robert ARMOGATHE, Directeur émérite de l'École pratique des Hautes Études, reprend dans son intervention un thème central de l'apostolat de Joseph Ratzinger, à savoir sa mission de reconnaître la Vérité du christianisme, comme religion de la Vérité.
Il le fait en partant d'un texte d'Augustin, le De Civitate Dei, dans lequel l'ancien philosophe énonçait une tripartition de la théologie sur laquelle fonder l'apologie du christianisme, en qualité de Religio Vera. Augustin différenciait entre la théologie mythique, donc propre aux poètes et à la mythologie, la théologie naturelle ou physique, celle des philosophes et enfin la théologie civile, celle des cités (3). Il insistait sur le fait que la religion chrétienne était nécessairement en conflit avec la théologie mythique et civile, et pas totalement avec la théologie naturelle (même si considérée comme non suffisante par saint Augustin), prouvant ainsi la "victoire de l'intelligence sur le monde des religions" (4).
Armogathe termine son intervention en citant Ratzinger qui soutenait que "la vraie raison était l'amour et que l'amour était la raison: in principio erat verbum, par conséquent la raison ne peut empêcher de penser l'irrationnel sans sa mesure rationnelle: la foi est donc une philosophie de la liberté".
FIDES ET RATIO. Observations finales par Marion
Enfin, Jean-Luc MARION, professeur de l'Académie Française, a présenté son exposé en trois points focaux, en partant du discours de Ratzinger à la Sorbonne en 1979 en qualité de Préfet du Dicastère pour la Doctrine de la Foi, dans un second temps en retraçant dans les grandes lignes le discours de Benoît XVI de 2008, et enfin en commentant un passage de l'Encyclique ratzingérienne "Deus Caritas est".
Marion cite les paroles de Ratzinger: "en tant que chrétiens, nous devons guider les aveugles et porter la lumière à ceux qui sont dans les ténèbres, afin qu'ils soient croyants dans le logos de Dieu. Toutes les choses vraies, honorables, justes et pures, c'est de cela que nous devons donc nous préoccuper" (5).
Était donc nécessaire pour Benoît XVI une redéfinition du rapport entre foi et raison, à la lumière des deux piliers inséparables pour la recherche de Dieu, la Lectio et le Travail. La première fait usage de la raison, dans la mesure où elle ne se réduit pas à une simple étude de la parole de Dieu comme la lecture d'un texte quelconque, mais comme l'interprétation de celui-ci à haute voix, ayant comme méthode de travail le Christ en personne qui est aussi Vérité et Vie ("Je suis Ego, Eimi; Odos et Aletheia") (6).
Enfin, Marion conclut son intervention en exposant l'intéressante différence entre Eros et Agapè, qui pourtant, soutenait Ratzinger lui-même, ne sont pas séparés mais coexistent dans l'amour désintéressé de Dieu envers les hommes, en les désirant et en les aimant, avant même que ceux-ci n'existent.
(1) Cf. Discours de Ratzinger au Collège des Bernardins, le 12 septembre 2008
(2) Cf. Discours du pape Benoît XVI à Ratisbonne en 2006
(3) Cf. saint Augustin, De Civitate Dei, livre VI, en particulier les chapitres 5 à 7. Cette distinction, toutefois, ne lui appartient pas à l’origine : elle remonte à Marcus Terentius Varro, érudit romain du Ier siècle av. J.-C., et est reprise par Augustin pour critiquer la religion
païenne romaine
(4) Cf. Discours de Ratzinger au Collège des Bernardins, le 12 septembre 2008
(5) Cité par Benoît XVI, Deus Caritas est
(6) Cité de l’Évangile selon saint Jean, 14, 6
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